Questions et réponses sur la méthode Feedcut
Ou : ce que le feedcut n'est pas, et ce qu'il est quand même
Huit questions fréquentes : poésie générative, filiation dadaïste, rôle du hasard, droit d'auteur. Ce que le feedcut n'est pas, et ce qu'il est quand même.

Image créée par ChatGPT le 26 avril 2026 pour illustrer l'article Questions et réponses sur la méthode Feedcut
Est-ce qu'un feedcut est de la poésie générative ?
Non. La confusion est compréhensible : il y a un algorithme, il y a des fragments, il y a une forme de hasard. Mais dans la poésie générative, le système produit le texte. Ici, l'algorithme sélectionne ce que je vois. Mais c'est moi qui coupe, qui garde, qui assemble. La main reste dans le geste. Le texte est entièrement écrit par un cerveau de chair.
C'est plus proche du ready-made (l'objet trouvé et présenté tel quel, à la Duchamp) que du génératif. Je ne fabrique pas le hasard. Je le capte là où il existe déjà.
Quel rapport avec le collage dadaïste ?
La filiation est directe. Tzara découpait des journaux, brassait les fragments dans un sac, tirait au sort. Le flux Facebook joue le même rôle que ce journal, sauf que c'est l'algorithme qui fait le tirage, pas la main dans le sac. Le geste de découpe reste le mien.
La différence essentielle : le journal de Tzara était un matériau neutre, imprimé, mort. Le flux est vivant, émotionnellement saturé, personnalisé. Ce que je prélève porte les traces de ce système. On pourrait dire que c'est du Dada... avec une conscience de l'infrastructure.
Je retrace l'ensemble de cette généalogie dans Héritage et filiations de ma pratique du Feedcut
Pourquoi Facebook, et pas un autre flux ?
Ce n'est pas un choix technique, c'est un choix de matériau. Facebook est saturé, opaque, émotionnellement chargé : publicités, deuils, indignations, anniversaires, recettes, propagande, tendresse. Tout ça dans le même flux, pêle-mêle, sans hiérarchie. Cette promiscuité est précisément ce qui m'intéresse.
Est-ce que n'importe qui peut faire un feedcut ?
La contrainte est simple à comprendre : tu lis ton flux séquentiellement, sans revenir en arrière, et tu prélèves des fragments pour composer un poème. En ce sens, oui, n'importe qui peut s'adonner à cette forme d'écriture. C'est stimulant et difficile à la fois.
Mais l'œil qui sait quoi garder, ça s'éduque. Le feedcut révèle assez vite ce qu'on entend par poésie, ce qu'on cherche dans le langage, ce qu'on est prêt à laisser entrer. La contrainte est un miroir autant qu'une méthode.
Quel est le statut du hasard dans ta pratique ?
Je ne l'introduis pas : il est déjà là. L'algorithme décide de ce qui apparaît dans mon flux. Je ne choisis pas l'ordre, je ne choisis pas les voisinages. Je subis cette sélection comme on subit la météo.
Ce qui me distingue de Breton : le surréaliste cherchait le hasard à l'intérieur de sa propre psyché, par l'écriture automatique, le rêve, le dérèglement. Moi, le hasard est externe, structurel, algorithmique. Je n'ai pas à le provoquer.
J'explore plus en détail le moment de la capture dans l'article La capture du feedcut

Image créée par ChatGPT le 26 avril 2026 pour illustrer l'article Questions et réponses sur la méthode Feedcut
Une vidéopoème peut-elle être lue sans être vue ?
Oui et non. Le texte existe, il a été écrit, il peut être lu. Mais la voix et l'image ne sont pas des habillages ajoutés après coup. Ils font partie de la composition. Le rythme de la lecture à voix haute infléchit les coupes. Le choix de l'image et de la musique créent des tensions, des niveaux de lecture ou des résonances que le texte seul ne porte pas tout le temps.
Par analogie : Le texte est une partition. La vidéopoème est l'interprétation. On peut étudier la partition, mais on rate quelque chose si on ne l'entend jamais.
Si ce n'est déjà fait, voir par vous-même la section vidéopoèmes
Est-ce que le feedcut est de la poésie concrète ou visuelle ?
Non. La poésie concrète travaille la disposition spatiale des mots sur la page, leur forme graphique, leur matérialité visuelle. Ce n'est pas ma pratique.
Le feedcut est d'abord une pratique de langage. Le sens vient des mots, des frottements entre fragments, des ellipses. L'image dans les vidéopoèmes est une couche supplémentaire ; elle dialogue avec le texte, elle ne le remplace pas.
Est-ce que le feedcut pose des problèmes de droit d'auteur ?
La question est légitime et je l'assume pleinement. Je prélève des fragments (rarement plus de trois mots de suite) de textes écrits par d'autres : des statuts Facebook, des publicités, des partages. Ces textes appartiennent à leurs auteurs (voir Vol de mots).
Ma position : le feedcut relève de la tradition du collage et de la citation transformatrice. Les fragments sont courts, décontextualisés, recomposés dans un ensemble nouveau. Le sens produit n'appartient à aucun fragment d'origine ; il naît de leur assemblage.
Toutefois, la question juridique reste ouverte et complexe. J'y consacre un article à part entière, Dévaliser Facebook - Le Feedcut, le sampling et la question du droit d'auteur. Les ponctions que je fais sont si parcellaires qu'elles sont respectueuses de la propriété intellectuelle, et je me propose de publier les bassins de mots de tous les poèmes dans le futur, une fois mon recueil publié, pour attester d'une pratique parfaitement légale.

Image créée par ChatGPT le 26 avril 2026 pour illustrer l'article Questions et réponses sur la méthode Feedcut