La capture du Feedcut
Entre hasard et synchronicité
Le fil se renouvelle sans cesse : le moment où j'appuie sur « enregistrer » décide des mots que j'aurai. Le poème commence avant l'écriture.

Image créée par ChatGPT le 26 avril 2026 pour illustrer l'article La capture du Feedcut
La technique de poésie-collage que j’emploie consiste à prélever des mots dans le flux du fil d’actualité de Facebook.
Je viens de saisir le quarantième.
Le geste
À un moment donné, parfois poussé par une intuition, parfois simplement parce qu’un poème vient de se terminer et qu’un autre appelle, je m’installe devant mon Mac.
J’ouvre Facebook.
Je lance l’enregistrement de mon écran.
C’est à partir de cette captation vidéo que j’extrais le texte.
Un bassin de mots.
Dans lequel je pige, en séquence, ceux qui formeront les vers, puis les strophes.
Mais une question persiste.
Quand capturer ?
Quand capturer ?
Le fil est en renouvellement constant. Chaque instant propose une matière différente.
L’idée est vertigineuse.
Le moment de la capture détermine quels seront les mots disponibles.
Il est décisif.
Et pourtant, complètement hasardeux.
Impossible de savoir si le bassin de mots sera favorable.
Théoriquement, si j’enregistrais le fil vingt-quatre heures sur vingt-quatre, je disposerais d’un réservoir infini !
Je pourrais attendre que surgisse, tôt ou tard, le mot exact dont j’ai besoin.
J’écrirais alors comme tout le monde.
Avec tous les mots à disposition.
Seul avec ma plume.
La méthode Feedcut perdrait tout intérêt.
Non, la contrainte est justement ce qui ouvre un potentiel de création singulier.
Je ne capture qu’un fragment.
Dix minutes. Quinze, parfois. Souvent, les cinq premières suffisent.
Je n’ai dès lors accès qu’à ce qui est là.
Rien de plus.
Entre hasard et synchronicité
Le moment de la capture devient rien de moins que déterminant.
C’est précisément là que la notion de synchronicité s’invite. Sans céder à une pensée magique naïve, une question demeure : existe-t-il un moment plus juste qu’un autre ?
Faire la capture ce matin ?
Ou ce soir ?
Ou demain ?
Autant de bassins différents. Autant de poèmes…
Ayant été formé dans la tradition scientifique, et étant plutôt pragmatique de nature, j’avoue que je ne verse pas facilement dans l’ésotérisme.
Mais.
Il m’est arrivé d’interroger le Yi Jing.
Non pas pour prédire, mais pour déplacer mon regard.
Créer une disposition intérieure.
Un seuil.
Comme si la poésie ne dépendait pas seulement des mots,
mais du moment où ils adviennent.
Le moment de la capture comme point de rencontre entre l’algorithme de Facebook, le hasard et mon intention.
Le poème commence en amont de l’écriture.
Il commence au moment où j’appuie sur « enregistrer ».
Le monde est d’une complexité inimaginable.
Une mécanique d’une infinie beauté.
Et c’est cette poésie, à l’œuvre dans le monde,
qui s’invite dans mon écriture.
J’espère qu’elle trouve parfois un passage jusqu’à moi.
Ce vertige de la capture se prolonge dans À la recherche du message secret