Flux sans fin de mots.
Le fil Facebook.
Je prélève.
Je capture.
Un mot plus brillant que les autres.
Qui m’appelle — je ne sais pas toujours pourquoi.
Qui s’accole naturellement à un autre.
Collages.
Images.
Idées neuves.
La contrainte libère,
disait l’Oulipo.
Je ne remonte jamais le fil.
C’est la règle.
La contrainte fondatrice.
Chaque mot est pris dans l’ordre où il apparaît.
Aller de l’avant, toujours vers l’avant.
Ne jamais revenir en arrière.
Comme le temps lui-même.
Le hasard n’est pas un accident.
C’est ma matière première.
Un mot s’impose avant que je comprenne pourquoi.
Si même j’en saisis la portée.
Une image surgit.
Me surprend.
M’étonne.
Me déconcerte.
Jonction improbable.
Collision de sens.
Une image
que je n’aurais jamais pu construire.
L’inconscient se glisse entre les mots.
L’écriture devient rêve éveillé.
Laboratoire de synchronicité active.
Les mots fusent vers moi.
Un sens nouveau émerge.
Du flux algorithmique
se rencontrent les voix des autres
et mon regard.
L’algorithme a ses raisons.
Iel choisit ce que je vois.
Je choisis ce que j’en fais.
Avec mes règles et ma sensibilité.
Babillage de milliards de voix.
Je suis l’abonné
de tes publicités,
tes commentaires,
tes idées,
tes mèmes,
tes traits d’humour,
tes poèmes,
tes tracts,
tes complaintes,
qui pige,
réassemble,
rajuste,
cimente.
Tu co-écris sans le savoir.
Mes poèmes sont des sculptures de mots.
J’élague.
Je biffe.
Je retire.
Pour révéler la beauté.
Je travaille entre contrainte et surgissement.
Entre Queneau et Breton.
Tension assumée.
Une histoire fait surface.
Brouillée au début.
Indistincte.
Un personnage en moi
insiste.
Veut se dire,
raconter,
dénoncer,
séduire,
chialer,
caresser,
produire un effet.
Je suis le poète du lien blessé
qui continue à vibrer.
Je suis peut-être dada.
Papillon attiré par le surréel.
Je suis l’assembleur
de ma propre vérité.
Et parfois,
elle me traverse.