À la recherche du message secret
Carnet de bord du collage numérique
Au début, un feedcut est une énigme : le bassin ne livre rien. Puis du sens surgit, chaque fois. Le mystère comme moteur d'écriture, de Tzara à Einstein.

Image créée par ChatGPT le 4 mai 2026 pour illustrer l'article À la recherche du message secret - Carnet de bord du collage numérique de Franke Feedcut
L'expérience la plus belle et la plus profonde que puisse faire l'homme est celle du mystère. — Albert Einstein
L'énigme du bassin

Les premiers mots du bassin sont là. Prêts à livrer leur secret.
Une énigme s'étale devant moi.
Je souligne quelques mots. Ceux qui brillent plus que les autres.
Font-ils partie d'un champ sémantique en particulier ?
Portent-ils en eux le germe d'une histoire ?
Un personnage cherche-t-il à s'exprimer ?
Un bassin limité
Le poète, en théorie, dispose d'un bassin de mots infini. Tous les mots de la langue.
Le bassin dont je me sers, moi, est limité. Tiré du fil d'actualité Facebook un jour donné, il contient ce qu'il contient. Pas plus.
C'est un peu comme jouer à décoder un message secret.
J'hérite, à un siècle d'intervalle, du geste de Tristan Tzara. Lui découpait un article de journal, mettait les mots dans un sac, les tirait un à un. Le poème vous ressemblera, écrivait-il.
Le fil Facebook a remplacé le journal. Le geste est le même.
J'évoque Tristan Tzara dans mon article Héritage et filiations de ma pratique du feedcut
Une aventure pleine de surprises
Ce qui est fascinant avec la poésie collage, c'est qu'on ne sait jamais d'avance ce qu'on va trouver. Quelles images vont surgir. Quelles voix.
Écrire un feedcut est une aventure pleine de surprises.
Parfois, le poème s'écrit très vite. Les mots tombent, s'assemblent, les uns après les autres, comme mus d'une envie propre.
Mais souvent, c'est le contraire. C'est laborieux, contraignant, difficile.
J'avance à tâtons. Le processus s'étire sur des jours.
Je bloque. Je doute. L'envie d'abandonner m'assaille. Je suis en train d'écrire le 44e Feedcut et il me donne du fil à ressouder.
Mais il faut tenir bon. S'accrocher.
Le voile se soulève
Peu à peu, le voile se soulève.
Un thème fait surface. Une intuition. Une direction qui se dessine, encore floue.
De phrase en phrase, j'avance dans le noir. J'ignore où cela va me mener.
Parfois, je crois savoir. Juste après cette phrase, une autre se dessine, logique. J'aurais besoin de tel mot, de tel autre : ils me semblent évidents, nécessaires.
Mais ils sont absents. Introuvables. Même en fouillant très loin dans le bassin.
Il faut alors faire avec ce qui est disponible. Piocher dans ce qui est là. Et s'électriser les neurones.
Le poète est maçon, il ajuste des pierres. — Pierre Reverdy, Le Livre de mon bord (1948)
La curiosité de l'enfant

Chaque mot du bassin, soudain, devient une pierre à examiner.
Chaque fois, du sens finit par surgir. Parfois, la curiosité tourne à l'émerveillement.
Et je découvre aussi que Tzara avait raison. Le poème, chaque fois, me ressemble.
Le sentiment de mystère est le plus beau qu'il nous soit donné d'éprouver. Il est la source de tout art et de toute science véritable. — Albert Einstein