L'égo, le bassin de mots et le collage : comment laisser parler l'inconscient dans la poésie feedcut

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Qui parle dans un collage : l'égo, l'inconscient, ou le flux qui me traverse ? Composer à partir d'un bassin fini oblige à mettre l'égo au service de l'écoute.

Image créée avec ChatGPT le 12 juillet 2026 pour illustrer l'article "L'égo, le bassin de mots et le collage"

Image créée par ChatGPT le 12 juillet 2026 pour illustrer l'article L'égo, le bassin de mots et le collage : comment laisser parler l'inconscient dans la poésie-collage

Créer un poème à partir d'un bassin de mots fini est tout un défi ! Quiconque s'y est déjà risqué le reconnaîtra !

C'est d'autant plus vrai de ma propre démarche d'écriture, qui consiste à extraire tous les mots de mon fil d'actualité Facebook à un moment donné : une succession bigarrée, voire chaotique, de publications, de publicités, de vidéos, de commentaires de visiteurs et autres fragments de toutes natures…

Ma pratique de l'écriture Feedcut engage inévitablement la question du moi poétique. Qui parle dans le collage ? Est-ce l'égo du poète, son inconscient, ou la somme des voix du flux collectif qui le traverse ?

Lorsque j'utilise ce procédé, la sélection de mots est bien entendu un geste conscient : je choisis chaque mot en fonction de différents paramètres. Mais cette attirance n'est pas forcément toujours pleinement consciente : elle peut révéler un désir ou une mémoire souterraine. Puis, le choix d'un mot appelle et limite le suivant. Bien que je m'autorise une poésie pouvant être fortement surréaliste, j'ai à cœur, comme dans le slam, d'être aussi compréhensible que possible.

Chaque mot choisi m'entraîne ensuite dans la contrainte féconde de son propre champ de signification. Une « Girafe au long cou » sera immédiatement saisie, tandis que « Je me sens comme une girafe au périscope du voyeurisme à la clôture de ton jardin » entraînera un effort d'interprétation, parfois sur plusieurs niveaux de lecture.

Carl Gustav Jung (1875-1961) · Bildarchiv de l’ETH Zurich, vers 1920
J'aimerais pouvoir laisser l'égo s'effacer, pour céder la place à ce que Jung appelait la fonction transcendante, cet espace où le conscient et l'inconscient collaborent. J'ignore mon taux de réussite, variable sans doute selon le moment : j'écris souvent mieux très tôt le matin. Au réveil, l'esprit encore embrumé semble propice à la contribution de l'inconscient.

Le lâcher-prise créatif

Pour favoriser l'émergence de l'inconscient, selon la méthode des surréalistes, il faudrait suspendre le jugement esthétique. Mais je n'ai jamais vraiment réussi à m'y résoudre, car cela risquerait de m'éloigner de l'impératif d'écrire un texte compréhensible et accessible. Un feedcut n'est pas un « brain-dump ».

Ma construction ressemble plutôt à un casse-tête : trouver le bon morceau pour continuer, tout en maintenant une cohérence interne (variable de strophe en strophe) selon les mots disponibles.

Le lâcher-prise, pour moi, ne se situe pas dans l'abandon du goût, mais dans l'écoute des glissements, des appels et des magnétismes entre deux mots. C'est dans ces interstices que l'inconscient s'invite : dans une image qui surgit sans prévenir, dans un mot qui s'impose, dans la résonance émotionnelle d'un fragment trouvé.

L'écoute intérieure

Le collage devient une zone de turbulences entre la volonté et le hasard. Une médiation entre le conscient et l'inconscient. L'impératif de contrôle, apanage de la conscience, doit être dompté. Je dois essayer moins de diriger que de me laisser traverser par la matière verbale du flux.

C'est entendre ce qui cherche à naître à travers les mots. Souvent, un fragment de vécu se sculpte et se précise, et la mémoire, parfois composite, se révèle.

L'égo n'est pas à bannir : c'est un allié. Pour moi, il atteint son sommet lorsqu'il devient traducteur, guide, témoin bienveillant. Lorsqu'il apprend à s'incliner devant la parole qui le traverse, et parfois le pourfend.

Je reviens sur cette idée de traduction dans Les mots que j'évite, en montrant qu'elle reste incomplète tant qu'elle ne fait pas de place à l'ombre.

J'aime à penser que la poésie Feedcut n'est pas seulement un exercice de composition, mais un acte d'émergence… une manière d'habiter le langage comme on habite un rêve.